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Domingo, 13 Enero 2019 03:22

ANTONIO CRUZ ROMERO (Cuatro poemas) Traduction de Miguel Ángel Real

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ANTONIO CRUZ ROMERO

 cuatro poemas

 Traduction de Miguel Ángel Real

Hace tiempo que presentía

Este día luminoso y la casa vacía.

A. AJMÁTOVA

 NO ESTÁ/NO SOY.

 

Desde esta cama fría —poco acostumbrada

a mis huesos— se escuchan heridos los perros

abandonados con sus aullidos metálicos.

La lluvia es fina, pero siento cómo explota

contra las aceras. Quiere nevar. Y no se atreve.

Le debo a mi insomnio no diagnosticado

poder contar las campanadas, y percibir el sonido

de los coches chapoteando y las risas de su interior.

Tres meses sin venir aquí se me antojan eternos,

nadie me reconoce; todos se han olvidado de mí:

¡soy un auténtico espectro que puede mover objetos!

Mi madre no está.

Vacía la casa, hueca de ecos que persisten;

los rincones huelen a madera ardiendo:

es una sobredosis amarga de Pasado

(droga letal que deprime el sistema nervioso

—y los médicos mienten culpando al alcohol—).

No está.

Abandono el libro para contemplar cómo se hinchan

los troncos: mañana serán insignificante ceniza blanca

ceniza blanca ceniza blanca: cenizas, al fin.

En el sótano a las patatas abandonadas le han crecido

brotes rosas, de aspecto repugnante y demoníaco.

No está, mi madre; ni yo casi estoy,

y trato de dormir imaginando que el aullido del viento

es una susurrante voz familiar que ha venido del Pasado.

 

 

 

AVE DE PASO

 

Para Noa. Para Erica

¡Qué triste ocaso he presenciado,

para terminar ahogándome en mi propio crepúsculo!

Ellas dos dormían en el sillón frente a mí,

como un solo y bellísimo ser fundiéndose

con la luz, como cera de una vela.

La luminosidad se trasladaba por la estancia

sin hacer ruido hasta partirla en dos

y oscurecer un domingo quejumbroso.

En un instante la brisa ha golpeado las plantas secas

y de un plumazo el viento me ha hecho desaparecer,

cayendo a un abismo sin fondo

en el que sigo y sigo revoloteando.

 

De “Una habitación de hospital con vistas al mar”

Editorial Letras Cascabeleras. Cáceres, 2018.

 

 

NAVIDAD, O LOS DEMONIOS DE LA DERROTA

 

la ciudad es una herida abierta

ARIE VISSER

 

«Es esta mi Navidad más triste en Ámsterdam»,

reza un periódico local desparramado sobre el suelo.

Cuando paseo junto a los canales me mimetizo

con el agua sucia que a la deriva me arrastra,

en De Wallen las prostitutas casi sin ropa

salen a mi encuentro desde sus cabinas y dicen:

«¡mirad, por ahí deambula un fantasma!»,

gritándome palabras soeces en lenguas multiplicadas

para en una taberna de viejos marineros acabar embriagándome.

Son mis amaneceres más angustiosos en Holanda,

no existe ni buena ni nueva sino los demonios de la derrota,

el vértigo al abismo que con estrépito una y otra vez rebrota

y al anochecer violento y prematuro me consume.

En el telediario la presentadora de origen turco afirma

que está siendo mi Navidad más triste en Ámsterdam,

mientras escucho los aviones volando a escasos centímetros

de mi cabeza y nace en mí el deseo sin fondo de marchitarme.

Es esta mi Navidad más triste, duermo bajo los canales

y siento la necesidad enfermiza de autodestruirme

en la otra orilla en la que como una ballena

parece que aquí he venido a morir, varado

en esta ciudad subterránea en la que llevo

por mochila una lápida: Ámsterdam (1998-2015);

aunque regresaré, con otro cuerpo, con otro rostro

y nuevos ojos con los que luego habré de cegarme.

 

 De “En el abismo del olvido”,

Editorial Cuadernos de Humo. Nueva York, 2017.

 

 

 

 

 

MANUAL PARA UN NAUFRAGIO YA PASADO

 

Estaré demasiado triste para entenderlo.

Ya no hará falta seguir la guía de viaje

ni el manual para un naufragio ya pasado,

puesto que en un futuro no lejano

he sido yo quien los ha redactado.

Allí enumeraré todas las patas de pulpo,

matarratos de un demente, las piedras

que le faltan a cada ruina, anunciaré

las coordenadas en cuyos acantilados

se inyecta el rumor del mar y los graznidos

de las gaviotas, pero nadie, nadie me esperará

ya allí porque nunca nadie me ha esperado,

ni la muchacha del ultramarinos echará en falta

mis asépticas visitas a comprar racimos de uvas,

ni el pescador me echará de menos porque

no era yo sino un fantasma el que allí estuvo.

Ya no se acordará el mar de mi rostro

y triste figura. Nadie entonces me llorará

cuando falte (ni cuando aquí también

lo haga), nadie enviará mis flores no preferidas

a parientes de tercer grado ni escribirán

esquelas en latín con caracteres griegos,

porque no era yo quien vagó por allí, sino

un espectro vestido de marinero, un espíritu

que soñó ser un dios, dios menor y circunstancial

o puede que un lánguido poeta del que algunos

afirman vieron beber ouzo hasta el amanecer

en las tabernas: no se acordarán ya de mí, no,

y yo estaré demasiado triste para entenderlo.

 

Grecia: guía de viaje para antipoetas y soñadores.

(Manual para un naufragio ya pasado),

Editorial Letras Cascabeleras. Cáceres, 2016

 

 

 

 

 

 

 

ANTONIO CRUZ ROMERO

Traduction de Miguel Ángel Real

ELLE N'EST PAS / JE NE SUIS PAS

 

Cela fait bien longtemps que je pressentais

Ce jour lumineux et la maison vide.

A. AJMÁTOVA

 

 ELLE N'EST PAS / JE NE SUIS PAS

 

Depuis ce lit froid -peu habitué

à mes os – on écoute les chiens blessés

abandonnés avec leurs hurlements métalliques.

La pluie est fine, mais je sens comment elle explose

contre les trottoirs. Il a envie de neiger. Et il n'ose pas.

Je dois à mon insomnie non diagnostiqué

de pouvoir compter les coups de cloche, et de percevoir le son

du clapotis des voitures et des rires à l'intérieur.

Trois mois sans venir ici me semblent éternels,

personne ne me reconnaît ; tous m'ont oublié :

je suis un véritable spectre qui peut faire bouger des objets !

Ma mère n'est pas là.

La maison vide, creuse d'échos qui persistent ;

les recoins sentent le bois qui brûle :

c'est une overdose amère de Passé

(drogue létale qui déprime le système nerveux

-et les médecins mentent en blâmant l'alcool-).

Elle n'est pas là.

Je délaisse le livre pour contempler comment gonflent

les troncs : demain ils seront une insignifiante cendre blanche

cendre blanche cendre blanche : cendres enfin.

Dans le sous-sol sur les pommes de terre ont poussé

des bourgeons roses à l'aspect répugnant et démoniaque.

Elle n'est pas là, ma mère ; même moi je n'y suis presque pas,

et j'essaie de dormir en imaginant que le hurlement du vent

est une voix murmurante et familière qui est venue du Passé.

 

 

 

OISEAU DE PASSAGE

 

Pour Noa. Pour Erica

 

J'ai été témoin d'un si triste couchant

pour finir par me noyer dans mon propre crépuscule !

Elles deux dormaient sur le fauteuil face à moi,

comme un seul être très beau se fondant

avec la lumière, comme la cire d'une bougie.

La luminosité se déplaçait dans la pièce

sans faire de bruit jusqu'à la fendre en deux

et assombrir un dimanche plaintif.

En un instant la brise a frappé les plantes sèches

et d'un trait de plume le vent m'a fait disparaître,

en tombant dans un abîme sans fond

où je continue à voltiger encore et encore.

 

De “Una habitación de hospital con vistas al mar”

Editorial Letras Cascabeleras. Cáceres, 2018.

 

 

 

NOEL, OU LES DEPOUILLES DE LA DEFAITE

 

la ville est une blessure ouverte

ARIE VISSER

 

« Celui-ci est mon Noël le plus triste à Amsterdam »,

dit un journal local éparpillé par terre. Quand je me promène le long des canaux je me fais mimétique

de l'eau sale qui à la dérive me traîne,

à De Wallen les prostituées presque nues

sortent de leurs cabines à ma rencontre et disent :

« regardez, un fantôme déambule par là ! »,

en me criant des mots vulgaires dans des langues multipliées

pour finir par m'enivrer dans une vieille taverne de vieux marins.

Ce sont mes levers du jour les plus angoissants en Hollande,

il n'existe aucune bonne nouvelle sauf les démons de la défaite,

le vertige de l'abîme qui avec fracas rejaillit encore et encore

et me consume à la tombée de la nuit violente et prématurée.

Dans le journal télévisé la présentatrice d'origine turque affirme

qu'il s'agit de mon Noël le plus triste à Amsterdam,

pendant que j'écoute les avions qui volent à quelques centimètres

de ma tête et qu'il naît en moi le désir sans fond de flétrir.

Voici mon Noël le plus triste, je dors sous les canaux

et je ressens le besoin maladif de m'autodétruire

sur l'autre rive dans laquelle comme une baleine

on dirait que je suis venu mourir, échoué

dans cette ville souterraine où je porte

comme sac à dos une dalle : Amsterdam (1998-2015);

même si je retournerai, avec un autre corps, un autre visage

et de nouveaux yeux avec lesquels je devrai ensuite me rendre aveugle.

 

De “En el abismo del olvido”,

Editorial Cuadernos de Humo. Nueva York, 2017

 

 

 

MANUEL POUR UN NAUFRAGE DEJA PASSE

 

Je serai trop triste pour le comprendre.

Il ne faudra plus suivre le guide de voyage

ni le manuel pour un naufrage déjà passé,

car dans un avenir pas lointain

c'était moi qui les avait rédigés.

J'y énumérerai toutes les pattes du poulpe,

mort-aux-rats d'un dément, les pierres

qui manquent à chaque ruine, j'annoncerai

les coordonnées des falaises sur lesquelles

s'injecte la rumeur de la mer et les cris

des mouettes, mais personne, personne ne m'y attendra

plus car jamais personne ne m'a attendu,

ni la jeune fille de l'épicerie regrettera

mes visites aseptisées pour acheter des grappes de raisin,

et je ne manquerai pas au pêcheur car

ce n'était pas moi mais un fantôme qui s'y est rendu.

La mer ne se rappellera plus de mon visage

ni de ma triste silhouette. Personne alors ne pleurera pour moi

quand je ne serai plus là (ni quand je ne serai

pas ici non plus), personne n'enverra mes fleurs non préférées

à des parents au troisième degré et on n'écrira pas

des avis de décès en latin avec des caractères grecs,

car ce n'était pas moi qui déambulait par là, mais

un spectre habillé en marin, un esprit

qui rêva d'être un dieu, un dieu mineur et de circonstances

ou peut être un poète langoureux dont certains

affirment avoir vu boire de l'ouzo jusqu'à l'aube

dans les tavernes : ils ne se rappelleront plus de moi, non,

et je serai trop triste pour le comprendre.

 

Grecia: guía de viaje para antipoetas y soñadores.

(Manual para un naufragio ya pasado),

Editorial Letras Cascabeleras. Cáceres, 2016.

 

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ANTONIO CRUZ ROMERO

Poeta, traductor y neerlandista, sus últimos poemarios publicados han sido Grecia: Guía de viaje para antipoetas y soñadores (2016), En el abismo del olvido (2017), Una habitación de hospital con vistas al mar (2018), y el ensayo y antología poética Poesía experimental de los cincuenta en lengua neerlandesa (2016).

Ha traducido entre otros a los poetas neerlandeses J. J. Slauerhoff, Menno Wigman, Arie Visser, Ilse

Starkenburg y al flamenco Paul Snoek.

 

foto, copyright Erica Katsma